Toyota a bouclé la première phase de construction de Woven City et prépare désormais l’arrivée des habitants. À l’occasion du CES 2025, le groupe a confirmé le calendrier, le mélange de technologies déployées et la manière dont ce « laboratoire vivant » doit passer de quelques dizaines de logements à une petite communauté active.
À l’intérieur de la première phase de Woven City
Woven City est implantée sur l’ancien site de l’usine Toyota de Higashi‑Fuji, un terrain réaménagé après le séisme et le tsunami de 2011. Les travaux ont démarré en février 2021. La phase 1 s’est achevée en octobre 2024 : voiries, réseaux essentiels (eau, énergie, télécoms) et premiers bâtiments sont en place. Les tout premiers résidents sont attendus à l’automne 2025, avec environ 100 personnes au départ, principalement des salariés Toyota et leurs familles. La capacité augmentera ensuite par étapes, jusqu’à environ 2 000 habitants.
Toyota présente Woven City comme une vraie ville où entreprises et chercheurs peuvent tester la mobilité, l’IA et la robotique avec des résidents volontaires, dans la vie de tous les jours.
Le schéma urbain organise les déplacements en couches distinctes. Une voie est dédiée aux véhicules automatisés. Une deuxième privilégie la micro‑mobilité à faible vitesse. Une troisième réserve aux piétons des espaces calmes, sans voitures. L’objectif reste volontairement pragmatique : des rues plus sûres, un air plus propre et une logistique simplifiée.
Qui peut y vivre, et pourquoi c’est important
Toyota sélectionne soigneusement les premiers groupes d’habitants. L’entreprise indique que la première vague réunira des salariés et leurs familles. Les vagues suivantes accueilleront des chercheurs, des entreprises partenaires et des testeurs choisis, capables de contribuer aux pilotes de produits. Les résidents profitent d’un accès anticipé à certains services, ainsi que d’indemnités ou de remises liées aux programmes d’essai. En contrepartie, ils acceptent une participation encadrée : études structurées, sessions de retour d’expérience et mises à jour logicielles fréquentes.
- Premiers résidents : salariés Toyota et familles, ainsi que chercheurs invités et équipes partenaires
- Objectif principal : collecter des données en conditions réelles pour améliorer l’autonomie, la robotique et les systèmes énergétiques
- Garde‑fous : participation fondée sur le consentement, déploiements progressifs et évaluations par des tiers
- Promesse communautaire : transports propres, rues praticables à pied et services livrés à la demande
Le recrutement vise un équilibre entre profils à l’aise avec la technologie et besoins du quotidien. Pour éprouver les services « à vitesse normale », il faut des navetteurs, des parents, des seniors et de petits commerçants. Cette diversité met au jour des cas limites atypiques que les simulations en laboratoire détectent rarement.
Ce que la ville testera au quotidien
Mobilité autonome et logistique
Woven City exploitera les plateformes e‑Palette de Toyota pour le transport de personnes et de marchandises. Il s’agit de navettes électriques à batterie, au format « boîte », capables d’opérer sur des itinéraires fixes ou en fonction de la demande. Les entreprises partenaires pourront intégrer leurs propres piles logicielles de conduite automatisée via l’interface du véhicule. Les rues prévoient des voies réservées à ces navettes afin de réduire les interactions conflictuelles et d’augmenter le taux de disponibilité.
L’e‑Palette se comporte comme une pièce électrique vide sur roues. Les partenaires y branchent logiciels, capteurs et aménagements intérieurs selon l’usage : livraison, commerce ou transport.
Pour les derniers quelques centaines de mètres, des solutions de mobilité personnelle prendront le relais : scooters avec siège, planches à conduite debout et exosquelettes d’assistance. Une couche de drones, strictement encadrée par des géorepérages, soutiendra les inspections, les rondes de sécurité en dehors des heures d’activité et la livraison de petits colis.
Des robots à la maison et au travail
Toyota a présenté des robots capables d’apprendre des tâches domestiques après avoir observé une personne les réaliser une seule fois. Les ingénieurs ont notamment montré des bras guidés par caméra pliant un vêtement selon un style japonais précis. La même méthode peut s’appliquer au réassort du garde‑manger, à la manipulation de la vaisselle et au tri du linge. Dans les espaces commerciaux, des robots déplaceront des bacs, nettoieront les sols et analyseront les rayons pour détecter la démarque ou les dates de péremption.
L’apprentissage « humain dans la boucle » fixe le rythme. Les résidents enseignent, valident ou corrigent les comportements via des invites sur tablette. Ce mécanisme accélère les progrès par rapport à une programmation entièrement manuelle. Il révèle aussi, de façon très concrète, ce que les gens attendent réellement d’un robot lors d’une soirée de semaine chargée.
Énergie propre et certification
La ville met l’accent sur des transports et des bâtiments à faibles émissions, voire sans émissions. Le dispositif combine énergies renouvelables, électrification et systèmes à pile à combustible, avec une couche d’analytique destinée à lisser les pointes de consommation. Le projet a obtenu la certification LEED Platinum for Cities and Communities au Japon, une première dans le pays pour cette catégorie.
LEED for Cities évalue l’énergie, l’eau, les déchets, la mobilité, la qualité de vie et la gouvernance - et exige des objectifs mesurables et traçables dans le temps.
L’argent et le calendrier
Toyota n’a pas communiqué le budget total. Le groupe a toutefois doté Woven Capital de 800 millions de dollars pour financer des start-up alignées sur la mobilité, l’autonomie et l’IA. Les choix d’investissement doivent permettre d’intégrer rapidement, via des pilotes à Woven City, les outils les plus prometteurs. Au CES 2025, Toyota a également mis en avant une participation dans Interstellar Technologies, une entreprise japonaise de lancement spatial, afin d’y appliquer la production allégée et des disciplines qualité pour industrialiser des fusées à grande échelle.
| Jalons | Détail |
|---|---|
| Lancement du chantier | Février 2021, ancien site de l’usine de Higashi‑Fuji |
| Achèvement de la phase 1 | Octobre 2024 |
| Mise à jour publique | CES 2025, Las Vegas |
| Premières installations | Automne 2025, environ 100 résidents |
| Capacité prévue | Jusqu’à 2 000 résidents lors des phases ultérieures |
| Épine dorsale de la mobilité | e‑Palette autonome, micro‑mobilité, trame piétonne |
| Certification | LEED Platinum for Cities and Communities |
Ce qui peut bien se passer - et ce qui peut mal tourner
Woven City peut réduire le délai entre la démonstration en laboratoire et le service grand public. Des rues réelles produisent des données plus fiables. Les habitants poussent les fonctionnalités dans des recoins que les simulations touchent rarement. Si le système tient ses objectifs de disponibilité, les services locaux peuvent s’améliorer.
Des risques subsistent. Des flottes autonomes devront composer avec une météo capricieuse et des événements rares. La protection de la vie privée doit rester rigoureuse lorsque des capteurs sont présents à chaque coin de rue. La gouvernance des données impose des options de refus claires et des délais de suppression définis. La cybersécurité doit résister à des attaques ciblant véhicules et actifs du réseau. La résilience sismique est également cruciale : bâtiments, ponts et canalisations doivent satisfaire aux normes japonaises strictes, voire au‑delà.
- Avantage : cycles d’itération plus rapides grâce à des tests quotidiens et consentis
- Avantage : baisse des émissions de transport via l’électrification des flottes et la conception des rues
- Risque : usage abusif des données si les contrôles ou les audits sont insuffisants
- Risque : érosion de la confiance du public après des défaillances visibles de l’autonomie
- Atténuation : déploiements progressifs, exercices d’équipe rouge, indicateurs transparents, comités de sécurité indépendants
Au‑delà de la Terre : l’option spatiale de Toyota
L’investissement dans Interstellar Technologies suggère une vision plus large de la mobilité. La fabrication de fusées et l’automobile partagent un socle commun : production à cadence élevée, science des matériaux, gestion thermique, fusion de capteurs et tests rigoureux. Les enseignements peuvent revenir vers les véhicules terrestres et les systèmes urbains, notamment pour les piles d’autonomie, la télémétrie et la détection de pannes. L’inverse est aussi plausible : l’échelle industrielle de l’automobile peut réduire le coût de composants pour des acteurs du spatial.
Signaux à surveiller sur les 18 prochains mois
Surveillez le rythme des mises à jour logicielles sur les itinéraires e‑Palette, le nombre de pilotes tiers intégrés et les scores de satisfaction des résidents. Guettez aussi d’éventuels protocoles d’accord avec les pouvoirs publics sur les droits liés aux données et les procédures d’enquête après accident. Observez la vitesse à laquelle les robots passent des démonstrations « propres » aux cuisines et ateliers désordonnés. Enfin, suivez les indicateurs énergie : disponibilité du réseau, performance de lissage des pointes et émissions par habitant.
Deux notions aident à lire le projet. Un « laboratoire vivant » est un quartier délimité où les habitants acceptent de tester des technologies précommerciales, selon des règles protégeant la sécurité et la vie privée tout en permettant l’itération. LEED for Cities fixe des objectifs quantifiés, puis demande des preuves - pas des promesses. Si Woven City réussit sur ces deux axes, elle proposera un modèle pour d’autres régions souhaitant moderniser leurs services sans engager d’emblée toute la métropole.
Pour celles et ceux qui envisagent de participer, il faut s’attendre à des vagues successives. Les premiers habitants seront majoritairement des salariés Toyota et des partenaires. Les cohortes suivantes pourraient inclure des étudiants, des start-up et des prestataires de services apportant des compétences manquantes. Une règle simple s’applique : si votre travail ou votre foyer peut générer des retours utiles, vos chances augmentent. C’est ainsi qu’une ville‑prototype devient une ville résiliente.
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